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Isabelle Goudé Lavarde

Retour d’expérience sur mon jeûne

 

Je viens de prendre 3 fois de suite une vague d’océan en pleine tête !

Et bien non, cela ne suffit pas ! Toutes mes cellules appellent encore ce gout d’océan.

J’écoute mon instinct : Il m’en faut donc une quatrième pour mon petit déjeuner !

Ma raison, les croyances de ma tribu, tout mon mental se cabre pour s’objecter : « Les huîtres, ça ne se mange pas au petit déjeuner ! », « Autant d’huitre après un jeûne, tu vas être malade ! ».

J’entendais bien la part de moi prise dans ses croyances. Cette part de moi, à qui on a appris ce qui est bon et ce qui ne l’est pas, qui s’inquiète pour moi, pour ma santé et pour mon intégration sociale. Oui, ça va surement être difficile de petit déjeuner avec des huitres avec des copains aux corn flakes ! Qu’importe ! Depuis que je suis sortie de mon jeûne sec de 21 jours, j’écoute mon instinct, j’écoute mes besoins profonds, j’observe l’impact de mes conditionnements sur ce que je me raconte, je suis attentive aux injonctions de mon mental, car avant tout, je teste mes choix au pendule de l’élan de mes cellules. Je ressens. Ça frétille ou pas ? Ça dit oui ou ça dit non ? J’écoute la réponse, point barre. J’ai confiance en moi ! Je sens ce qui me parle…

C’est ce même instinct de survie que j’ai écouté, après une nuit agitée, le dimanche 28 juin 2020 au réveil. Tout, absolument tout, me faisait dire : « Si tu continues comme ça, tu vas crever ! ». 

Vu de l’extérieur, l’illusion était surement parfaite. « Tu as été hyper active pendant le confinement ! » m’avaient lancé Anne Laure et Brigitte. Pendant le confinement, elles m’avaient vu animer pour la première fois des formations à distance, organiser des cercles d’empathie 2 fois par semaines, enregistrer 7 saisons de 9 podcasts live de médiations en 2 mois et je venais de signer mes 2 spectacles avec un producteur parisien. Tout allait donc plutôt bien, vu de l’extérieur.

Pourtant, j’allais bientôt avoir 52 ans et je me sentais envahie par un profond malaise. Mon fils ainé, Victor de 23 ans qui était revenu de Lille après le confinement, s’était exclamé en rentrant dans mon bureau : « Maman, tu as Alzheimer ! ». En effet, je pouvais percevoir confusément l’importance d’une certaine confusion. J’oubliais que j’oubliais mes rendez-vous, j’oubliais même que j’avais fait des to do listes donc j’en refaisais d’autres… En voyant les murs et les fenêtres de mon bureau remplies de post-it, Victor avait pris peur car même si j’avais toujours fonctionné comme ça pour faciliter l’agilité dans mon organisation, leurs surconsommations des derniers mois révélaient un vide de créativité, des actes manqués à n’en plus finir, une incapacité à improviser et plus globalement une grande opacité dans ma tête. Un débordement, un trop plein, un cerveau tout vide, certain dirait peut-être burn-out. Moi j’avais l’impression d’avoir une tumeur au cerveau.

Je pourrais aussi me raconter, que pendant le confinement, les contrariétés qui se sont succédées ont pesé lourd pour une petite dame comme moi. Mais cela n’expliquait pas tout.

Certes, je n’avais pas vraiment fini de faire le deuil de ma coopération avec Dragana pour la mise en scène de mon nouveau spectacle mais je savais qu’au fond ma détresse profonde n’avait vraiment rien à voir avec elle.

 Certes, depuis le début du confinement, j’avais vu ma propre violence se réveiller en découvrant l’absence d’enquête de la gendarmerie, suite à notre plainte pour viol de notre petit dernier, 6 ans par le voisin d’en face. En effet, le lieutenant a qui j’avais donné ma confiance avait été capable de conclure : « Comme le lieutenant a laissé des cartes de visites à Mme Goudé Lavarde et que personne ne s’est présenté à la gendarmerie, nous concluons … » et je vivais depuis avec une amertume très prononcée dans la bouche. Certes mes images d’ennemi s’étaient réactivées sur écran géant au point de me laisser croire que j’étais entourée de grands malades, d’incompétents, d’hypocrites et de lâches et en même temps, mon état de l’instant n’avait rien à voir avec ça.

Au fond, je me jugeais chanceuse d’avoir les moyens, grâce au processus CNV, de transformer chaque jour ma rage contre la terre entière. Mais si je pouvais utiliser l’intensité de ma souffrance pour ancrer plus profondément chaque jour en moi la conscience de mes besoins de protection des enfants, de prendre soin de mon fils, d’honorer sa parole, il n’en restait pas moins que je mesurais avec effroi l’énergie immense que cela me demandait pour rester en contact toute mon humanité le cœur ouvert. Cette étape s’était avérée d’autant plus rude que notre fils continuait à manifester, malgré sa persévérance dans les différents soins, des angoisses majeures avec des troubles de l’alimentation et d’encoprésie, et que, comble de malchance, nos 2 avocates successives à 6 mois d’intervalles, nous avaient appris qu’elles étaient atteintes d’un cancer et qu’elles ne pouvaient plus nous accompagner dans notre procédure judiciaire. Certes, j’étais littéralement atterrée, et concrètement à terre et j’avais besoin de retrouver mes esprits, ma lucidité et toute ma sécurité intérieure mais cela n’expliquait pas tout.

Ce dimanche matin, l’heure n’était pas aux justifications, ni même à la concertation, l’heure était à l’évidence. Ce n’était plus une question ! C’était maintenant, là, tout de suite car c’était vital ! Une raison de santé impérieuse !

C’est donc sans prévenir et sans concertation avec personne que j’ai annoncé à Jérôme, mon mari et à mes enfants, « Je vais jeûner pendant 30 jours ! ». Pourquoi 30 jours ? Et pourquoi pas ! Bref, 30 jours, un peu comme une expression toute faite !

J’avais peut-être avec du recul l’intuition que le processus allait être long, mais là, c’était surtout une stratégie pour préserver ma liberté et d’aller à mon rythme le temps nécessaire.

Comme j’avais lu dans quelques livres sur le jeûne, que l’on pouvait marcher ou méditer en jeûnant, je me sentais confiante, le lendemain, en observant mon énergie habituelle lors de l’animation d’une médiation. J’étais emballée à l’idée de pouvoir poursuivre mes activités tout en jeûnant !

Le mardi fut intense, ponctué de 4 rendez-vous client avec en guise de pause déjeuner une sieste dans la voiture. J’avais fini la journée exténuée, nauséeuse et migraineuse dans 2H30 d’embouteillages traversée de vertiges.

Le 4 ième jour, j’ai appelé au secours mon amie Françoise 80 ans, que j’avais vu jeûner rayonnante et lumineuse de nombreuses fois sur des périodes de presque 30 jours. Je venais à peine de lui énumérer mes symptômes, mes crises de foie, mes hauts le cœur en ouvrant le frigo, ma langue blanchâtre comme du plâtre, mon teint moins verdâtre qu’hier et plutôt jaunâtre aujourd’hui, qu’elle me félicitait pour mon travail de détoxification. Là où je jugeais que je tombais gravement malade à cause du jeûne, elle voyait là sereine et réjouis, une purge des toxines de l’organisme rendue possible par la remobilisation de l’énergie habituellement affectée à la digestion. Une heure après le partage de mes états d’âmes et le massage de quelques points d’acupuncture sur les méridiens vésicule biliaire, foie, je pouvais repartir dans ma bulle comblée dans mes besoins de soutien, de réconfort, d’amitié et d’encouragement.

J’étais bien dans ma bulle ! Comme je puais la mort par tous les pores de ma peau, j’étais contente de mettre de la distance avec les autres et d’avoir de la tranquillité. Je pouvais dormir 20h par jour en paix et ainsi préserver ma confiance dans mon choix, loin des commentaires des bonnes copines et de leurs peurs. Je n’avais aucun élan à rassurer les personnes de mon entourage « Dans ton jeûne, tu manges de la viande au moins ? »., ni d’élan à apaiser les angoisses des uns « Tes os vont finir par se briser ! »,, ni d’élan à détricoter les croyances des autres« C’est bien de faire des régimes mais après, tu vas faire du yoyo avec ton poids, et ça va être pire. ».  et aucun élan à écouter les questions existentielles des autres en général.

Quand bien même je me levais précipitamment plusieurs fois par nuit pour vomir, j’étais contente d’être capable de percevoir d’une manière très intime la beauté des processus à l’œuvre. Vu de l’extérieur ce pouvait paraitre tragique de voir suivant les jours mes lèvres verdir puis bleuir puis noircir avec l’élimination progressive des pigments incrustés des « rouges à lèvres 24h, longue tenue ». Vu de l’intérieur, une part de moi pouvait être émerveillée par l’intelligence du corps à la mesure de l’intensité des processus. Mes cellules m’apprenaient que les maladies pouvaient être vues comme des crises d’élimination des poisons, déchets et autres toxines déclenchées naturellement par le corps pour assurer sa survie dès qu’il en avait l’énergie.

J’étais aussi complètement ahurie de découvrir que mon corps pouvait fabriquer du « bain moussant ». C’est comme cela que j’avais fini par appeler ce qui sortait de ma bouche en abondance, à peine je l’ouvrais. Une mousse blanche en expansion à l’infini qui finissait par m’étouffer la nuit si je ne me réveillais pas pour cracher. D’où sortait-il, tout ce bain moussant ? C’était quoi ? Plus d’un litre et demi chaque jour pendant des jours. Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas encore trouvé d’explication rationnelle mais j’ai souvenir que j’avais l’impression d’évacuer du pu qui coulait de mon cerveau. J’entendais même parfois dans ma tête des petits crissement bizarres. Une sensation étrange que mon cerveau se rétrécissait subtilement d’un micron certain jour, que ma boite crânienne se vidait, se rétractait avec ces sensations étranges d’écoulement. Et donc, quelle ne fut pas ma surprise, d’observer après mon jeûne, que ma tête flottait dans ma casquette adorée, que j’avais l’habitude de mettre depuis 20 ans chaque été. J’avais donc vraiment maigri de la tête !

21 jours donc sans manger et sans boire à dormir, à vomir du café, de l’alcool et du ketchup !  La violence de l’élimination qui mobilisait toute mon énergie me révélait l’ampleur de l’intoxication qui était la mienne. Chacun y allait de ses croyances. « Ne pas boire, c’est vraiment n’importe quoi ! », avait affirmé une amie, une autre en me pinçant la peau sans me prévenir avait fait une prédiction, « ça ne se voit pas encore mais dans 3 jours, tu seras complètement déshydratée, tu sais ! », D’abord pendant les 21 jours, je n’ai jamais eu soif mais surtout, je trouvais que l’eau du robinet avait le gout de la piscine municipale et le simple fait d’en avaler une cuillère à café consistait à gober une pierre. Même la tentative avec le jus de pomme, suggéré par Françoise, reparti illico dans les toilettes. Je n’avais jamais choisi de ne pas boire, j’avais juste respecté la réponse de mon corps.

On était mi-juillet et depuis fin juin, par amour pour la vie, j’étais dans la bulle de mon jeûne et j’étais incapable de répondre à la question : « Tu vas t’arrêter quand ? ». Je ne voyais même pas comment stopper les puissants processus de détoxifications qui me traversaient. Je pouvais d’autant mieux écouter mes besoins que Jérôme assurait, tout en travaillant, toute l’intendance de la maisonnée sans se plaindre jamais. Je me sentais aimée car je mesurais la confiance qu’il me faisait. En effet, il avait été capable d’honorer ma demande de départ de ne pas partager avec moi ses craintes, s’il en avait car je n’avais ni les moyens, ni l’élan de lui offrir l’empathie qu’il méritait. Je me sentais libre, et je me jugeais chanceuse d’avoir un mari aussi tolérant avec mes choix, lui qui faisait preuve de grande patience, malgré les jours qui passaient.

Et un jour, ça s’est arrêté. Ouf, quel soulagement ! Je me sentais comme un petit poussin qui sortait de l’œuf, fragile, totalement connecté à l’intensité de la vie. J’avais un odorat capable de déceler depuis le jardin que « de la menthe se baladait dans la rue ! » quand mon amie Catherine passait devant le portail, un bouquet de menthe dans son sac. J’explosais en sanglot, en croquant dans les fleurs et le miel mélés dans la chair de ma première pêche. J’étais de retour, guérie, heureuse de me retrouver. Je pouvais lire sans lunette, j’avais perdu 10 kilos, je m’étais débarrassée de mes bouffées de chaleur, de la cystite chronique que je trainais depuis 6 mois. Et pour la première fois de ma vie, je comprenais intimement l’expression « se sentir en symbiose avec un élément », quand en communion profonde au petit matin avec la Méditerranée, j’ai ressenti avec toutes mes cellules de mon corps que j’étais moi aussi de l’eau de mer.

J’avais vraiment une nouvelle compréhension de mon environnement, reliée à mon instinct originel, attirée par les choses à l’état brut. Je refusais les légumes passés par les frigos car ils avaient perdu leur odeur. Je fuyais les stations-services des autoroutes et les galeries marchandes avec leurs parfums d’ambiance synthétiques qui, bien qu’invisible, continuaient à me piquer le nez encore plusieurs heures après mon passage. Et comme j’avais découvert que mes gencives me brulaient en croquant dans les pesticides et autres herbicides, j’avais sans état d’âme jeté le dentifrice qui m’anesthésiait. Fin aussi du déodorant qui sent soit disant bon, du shampoing traditionnel et autres parfums chics. J’avais besoin de renifler les odeurs authentiques pour faire des choix, et ce besoin était vraiment vital. Le masque au marché était donc un obstacle majeur pour pratiquer l’instinctothérapie pour choisir entre un bar ou une daurade ou une tomate. Je regardais aussi totalement perplexe, les plats cuisinés, et même les salades composées à la recherche de la part comestible. Un soir, j’avais même, sur l’île de Ré, décrété qu’une huitre était périmée tant son odeur était altérée, avant de réaliser qu’elle avait peut-être juste été en contact avec une tranche citron dans le grand plat. Du brut, du vivant, sinon rien !

Au fil des jours, loin des dogmes diététiques, avec mes 100 ml d’eau gazeuse par jour, je me réconciliais doucement avec l’eau tout court. Je jouais à mélanger, grâce au nouveau jouet que Jérôme m’avait offert pour mon anniversaire, pomme carotte romarin et autre céléri et les dopants, gingembre curcuma. Avec mon extracteur de jus, j’expérimentais ainsi à mes dépens que je me transformais en glaçon avec la stratégie rafraichissante du céléri alors que mon corps n’avait pas encore les moyens de produire sa propre chaleur. J’aimais m’allonger dans l’herbe, je mordais dans le poisson et la viande crus que je prenais avec mes mains. Dans tous les cas, l’expérience sensorielle de ces instants qui avait plus de goût que leur mise en mot au regard de leur intensité me confortait à préserver encore un peu ma bulle.

 

Depuis la fin de mon jeûne, je me sentais autre. Troublée en me regardant dans le miroir, je ne reconnaissais pas la couleur de mes yeux, toujours marron mais beaucoup plus que ça, plus clairs, plus transparents et plus brillants peut-être aussi. On aurait dit un certain marron plus profond.  Connectée, je faisais des rêves intenses : je traversais des aurores boréales époustouflée par leur beauté. Emerveillée, je comprenais enfin le sens de l’image de « squelette qui dansait » dans ma planche créative des projets 2020 avec pour légende : « Les éveils qui guérissent : les vrais miracles font peu de bruit. » car dans mon jeûne j’avais senti que je tangentais la mort pour mieux renaître, poussée la vie.

 Subjuguée au sortir de mes rêves, je rencontrais Jésus avec un message bien réel de protection pour une personne bien réelle. Et surtout, incrédule, je n’osais parler à personne du nouvel os qui avait poussé devant ma colonne vertébrale. J’avais maintenant, comme un trou noir qui absorbe tout, dans des anneaux en os très dur, du sommet du crâne au bas de la colonne. 10 jours après la fin de mon jeûne, j’ai osé cette confidence avec Maryse, une amie avec un côté chamane. Elle m’a accompagnée pour activer ce qui s’avérait être mon canal de lumière que pour la première fois de ma vie, je ressentais physiquement dans ma chair. Grâce à sa guidance lors d’une médiation, j’accédais à l’autonomie pour voyager du confins de l’univers au centre de la terre et réconcilier dans mon cœur, le souffle et la lumière réuni. Je sentais mon cœur ouvert, en lien avec plus grand que moi, transcendée, à la fois porteuse de lumière et ancrée profondément. Et tout ça, intensément !

Un mois et demi s’est déjà écoulé et je me surprends parfois à chercher mes lunettes pour lire dans la pénombre, je recommence à peine à prendre un peu de plaisir à combiner les saveurs des aliments crus, inspirée par les vidéos de crusine d’Irene Grosjean, une naturopathe de 90 ans que j’admire. Si certaines personnes autour de moi voient comme une privation le fait que je ne mange pas cuit, je vis comme un grand privilège le fait de rester en lien avec l’intensité du vivant et la vitalité que cela m’offre chaque jour. Quand on me demande quand je reprendrai une « alimentation normale avec des aliments cuits », je suis perplexe car je me demande qui est dans « la normalité », et quelle est vraiment notre nature.

Je ne sais pas combien de temps, je pourrais profiter des bienfaits de mon jeûne mais je sais déjà que grâce à cette expérience, j’ai déjà acquis une compréhension intime des lois de la vie avec un profond respect pour le naturel en général.

Je vous aime.

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Isabelle

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